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AMIES accueille une nouvelle directrice

18 janvier 2018

L’Agence pour les mathématiques en interaction avec l’entreprise et la société (AMIES) accueille Véronique Maume-Deschamps en tant que nouvelle directrice ; l’occasion pour cette dernière et Hervé Pajot, directeur adjoint de l’AMIES, de faire le bilan de l’action menée et de présenter l’avenir. Créé en 2011, le Labex1 national incite une meilleure interaction entre mathématiciennes / mathématiciens et entreprises et a pour mission de promouvoir les mathématiques « de terrain ».


Véronique Maume-Deschamps, vous avez été nommée au poste de directrice au sein d’AMIES en janvier 2018. Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?

Véronique Maume-Deschamps : Maîtresse de conférence de l’université de Bourgogne de 1999 à 2007, après une thèse de mathématiques en théorie ergodique, j’y ai fait évoluer mes thématiques de recherche vers des implications des systèmes dynamiques à l’informatique puis vers les statistiques. A partir de 2007, professeure à l’Institut de science financière et d’assurances (université Lyon 1) qui forme des actuaires2 en lien avec les compagnies d’assurance et le monde bancaire, je me suis concentrée sur les problématiques de statistiques et de théorie du risque. En 2014, j’ai rejoint l’Institut Camille Jordan3 pour lequel j’ai coordonné à partir de 2015 la cellule relations avec les entreprises et ainsi commencé à travailler avec AMIES.


Vous étiez alors chargée de mission à AMIES, quel était votre rôle ?

V.M-D : En premier lieu, ma mission était de développer les relations entre l’Institut Camille Jordan, le labex Milyon et les entreprises de Lyon et Saint-Etienne. Par la suite, j’ai, avec mes collègues de Grenoble et de Clermont-Ferrand, mis en place une Maison de la Modélisation pour la région Auvergne-Rhône-Alpes (MSO-AuRA qui fait partie du réseau des MSO). Au sein d’AMIES, j’ai participé à la mise en place d’un réseau de responsables de formation en mathématiques à coloration entreprise afin, par exemple, de réaliser des échanges sur les formations et des enquêtes sur l’insertion professionnelle à l’issu du master.


Pourquoi vous être engagée envers les relations avec les entreprises ? Qu’est-ce qui a motivé votre intérêt pour AMIES ?

V.M-D : Je suis intéressée par les relations avec les entreprises depuis longtemps. Lors de mon expérience à l’université de Bourgogne, j’ai participé à la mise en place d’un Master professionnel Mathématiques pour l’informatique graphique et les statistiques. Il n’existait pas alors à Dijon de formation niveau Bac +5 en mathématiques appliquées. C’est à ce moment-là qu’est né mon intérêt. Une fois à l’Institut Camille Jordan, lorsque la question de la valorisation et du développement des relations avec les entreprises s’est posée, j’ai souhaité m’impliquer de nouveau. AMIES possède une structure très intéressante de par son aspect national qui vise à la mise en réseau des mathématiciennes / mathématiciens et des entreprises. Mon travail en tant que chargée de mission m’a passionné, c’est très naturellement que j’ai candidaté au poste de directrice.


Comment se fait la rencontre avec les entreprises ? Avez-vous perçu une évolution de la demande au fil des années ?

Hervé Pajot : Parfois les entreprises viennent nous voir mais la plupart du temps nous les démarchons. Nous sommes par exemple au contact des pôles de compétitivités ou des agences de développement de région. Notre carnet d’adresse est aujourd’hui conséquent avec notamment de nombreuses PME et/ou start-up.


Quel accueil font les mathématiciennes / mathématiciens aux propositions d’AMIES. Les scientifiques répondent-ils présents ? Est-ce que ce rapprochement maths-entreprises les intéressent ?

V.M-D : La réponse est très variable selon les laboratoires. De la pédagogie auprès de nos collègues est encore à prodiguer pour les impliquer davantage. Leur implication dans le monde socio–économique conduira à terme à plus d’attractivité de nos formations et au développement de notre communauté. Cela représente pour nous une plus grande visibilité dans la société et des financements plus conséquents. Les mentalités évoluent : lors de mon démarrage à l’université de Bourgogne, très peu de collègues étaient impliqués dans les relations avec les entreprises ; les collaborations se développent mais il faut continuer à promouvoir les interactions laboratoires / entreprises.


Parmi les différents programmes que propose AMIES, figure le Projet exploratoire premier soutien (PEPS), que représente-il ?

H.P : AMIES en tant que Labex reçoit, du Programme d’investissements d’avenir (PIA), 5 millions d’euros sur 8 ans qui lui permettent de financer par an une vingtaine de PEPS, des projets de recherches interdisciplinaires. Les PEPS 1, financés jusqu’à 10 000 euros, sont destinés à inciter et à mettre en place une collaboration entre une entreprise (PME, start-up, les cibles d’AMIES sont les petites entreprises) et un laboratoire tandis que les PEPS 2, financés jusqu’à 50 000 euros, concernant des collaborations déjà avancées. AMIES s’attache à une grande réactivité pour répondre, en moins d’un mois, aux besoins souvent urgents des entreprises : la problématique mathématique doit être vite comprise et la nécessité de la mise en place d’un PEPS rapidement évaluée.


Comment fonctionnent des programmes comme les Semaines d’étude maths-entreprises (Seme)? Quels liens créent les Seme entre le monde industriel et les mathématiques ?

H.P : Organisées trois à quatre fois par an avec une trentaine d’étudiants en thèse participants, les Semaines d'étude Maths-entreprises sont l’occasion de faire se rencontrer des industriels et des chercheurs académiques autour de sujets exploratoires. Des industriels viennent présenter des problèmes ouverts, dont la formulation même n'est pas toujours aboutie, sur lesquels planchent de petits groupes de doctorants et post-doctorants, éventuellement aidés par des chercheurs seniors, pour proposer des embryons de solutions ou des pistes possibles. Ces problèmes sont souvent pluridisciplinaires et il est donc important que ces semaines brassent un public issu de spécialités diverses.

La première difficulté réside dans la formulation du problème : industriels et chercheurs académiques ne parlent pas le même langage et la mathématisation du problème industriel n’est pas toujours clairement exprimée. À l’issue de la semaine, les étudiants présentent les réponses qu’ils ont obtenues sur le problème. Ce format séduit les industriels qui sortent ainsi de leurs schémas habituels, découvrent le monde de la recherche académique et renouent avec les mathématiques parfois souvenirs de souffrances de leurs années lycée ou prépa. Les Seme peuvent aussi déboucher sur des collaborations. Je me souviens, par exemple, du recrutement d’un étudiant par l’entreprise bioMérieux après une Seme.


Vous faites partie d’AMIES depuis ses débuts, d’abord comme facilitateur, puis comme directeur adjoint. Quel bilan en faites-vous aujourd’hui ?

H.P : L’AMIES est un outil qui fonctionne, qui a fait ses preuves et qui a permis d’ouvrir les yeux a beaucoup de collègues. Dans AMIES, il y a le « E » d’entreprise et le « S » de société. J’ai réussi à convaincre mes collègues de l’Institut Fourier, matheux purs pour lesquels les maths sont un jeu, que l’AMIES avait un intérêt : favoriser les interactions entreprise/recherche académique, développer de nouveaux projets de recherche et permettre l’emploi de nos étudiants. L’AMIES se positionne ainsi comme le lien entre deux mondes, celui des entreprises et celui du monde académique, pour monter des projets co-financés (apports financiers de l’AMIES et apport en matériel ou mois d‘ingénieurs de l’entreprise).


Quelles sont les actualités de AMIES pour 2018 ?

V.M-D : AMIES va être évaluée comme tous les Labex ; j’arrive ainsi à un moment très important. Il y a des messages à faire passer auprès des jeunes, des doctorantes et doctorants. Le dispositif Doctorat conseil qui offre la possibilité aux doctorants durant leur thèse d’effectuer une mission en entreprise d’une durée maximale de 32 jours, n’est pas assez utilisé à mon sens. Je souhaiterais qu’AMIES participe à sa popularisation. A l’échelle européenne, AMIES fait partie du réseau EU MATHS-IN, qui est un réseau européen regroupant des structures type AMIES par lequel nous essayons d’influer sur les programmes européens pour que les mathématiciens puissent répondre en tant que mathématiques et pas simplement en tant que discipline support d’autres projets.

H.P : Au niveau national, en mars 2017 a été inauguré un nouveau réseau, celui des maisons de la Modélisation, simulation et de l'optimisation (MSO) qui sont des « portes d’entrée » de proximité pour les entreprises recherchant l’expertise de laboratoires de mathématiques. Ce réseau permet, dans une stratégie « bottom up » de donner une visibilité régionale aux activités mathématiques – entreprises et de permettre des échanges d’informations, de contacts, de bonnes pratiques. Il compte actuellement 12 membres qui, à la suite de la toute première maison MSO, MaiMoSiNE, se lancent dans l'aventure des collaborations Maths-entreprise.
Dès que nous avons un contact avec une entreprise, nous le rapportons à ces maisons et eux ensuite prennent le relais.

 


 

1 Les labex, ou Laboratoires d’excellence, sont les lauréats d’appels à projets lancés dans le cadre du Programme investissements d’avenir (PIA) depuis 2010, visant à financer des équipes de recherche autour de projets innovants et porteurs. Sélectionnés par des jurys internationaux, ces laboratoires français de portée mondiale sont dotés de moyens significatifs permettant aux équipes de faire jeu égal avec leurs homologues étrangers.

2 Spécialiste de l'application du calcul des probabilités et de la statistique aux questions de prévoyance sociale, d'assurances et de finances.

3 Institut Camille Jordan (CNRS/Ecole centrale de Lyon/Université Jean Monnet/Université Claude Bernard/INSA Lyon)

 

 

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