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« L’attractivité du CNRS est exceptionnelle »

30 novembre 2017

Présidente du CNRS, Anne Peyroche fait le point sur l’appel à projets Momentum et sur l’initiative « Make our planet great again », deux programmes qui rencontrent un grand succès auprès des scientifiques.


Vous venez d’être nommée présidente du CNRS. Quel est votre sentiment après presque deux ans d’exercice à la direction scientifique de l’organisme  ?

© Délégation PMA

Anne Peyroche : Le CNRS est une magnifique maison où se conjuguent créativité, liberté, diversité, esprit collectif et engagement à long terme, et qui produit une science remarquable. Son attractivité nationale et internationale est exceptionnelle. Je n’en suis pas surprise mais je le mesure davantage après ces 21 mois d’exercice à la tête de la direction scientifique. Cette visibilité tient à la place et au rôle qu’il a acquis dans les très grands projets scientifiques – les découvertes successives liées aux ondes gravitationnelles viennent de nous en fournir un exemple –, mais aussi à sa capacité d’accompagner des recherches risquées et originales d’équipes plus modestes en taille. Ces réussites reposent avant tout sur la qualité et l’engagement des femmes et des hommes qui travaillent au CNRS. Je suis très fière et heureuse de pouvoir contribuer à ces belles aventures.


Le CNRS représente également, comme l’a souvent souligné Alain Fuchs, « un point de stabilité », un repère, dans un paysage mouvant. Il suit une trajectoire dynamique tout en évitant les mouvements chaotiques. La recherche fondamentale a besoin de temps, de stabilité mais également d’un flux de nouveauté, d’énergies nouvelles, ce qui rend si important le recrutement de nouveaux chercheur.e.s, ingénieur.e.s et technicien.ne.s.


Vous êtes à l’origine d’un appel à projets scientifiques inédit pour le CNRS, baptisé Momentum. Pourquoi un tel programme et quels en sont les premiers résultats  ?

A.P. : Momentum a été mis en œuvre suite aux recommandations du comité de visite international chargé d’évaluer le CNRS en 2016. Le comité incitait fortement l’organisme à mettre en place, pour l’ensemble des disciplines, un programme d’accompagnement de jeunes chercheur.e.s afin qu’ils et elles puissent développer des projets ambitieux, à l’instar du programme ATIP-Avenir pour les sciences de la vie1. Nous avons donc créé le programme CNRS-Momentum qui s’adresse à de jeunes chercheur.e.s, chargé.e.s de recherche au CNRS ou non-statutaires qui veulent développer un projet original s’inscrivant dans l’une des treize thématiques prioritaires proposées2.
Les premiers résultats sont très positifs, avec des dossiers de très grande qualité. Nous avons reçu 430 dossiers de candidature éligibles et en avons retenu 32 pour l’audition. À l’issue des auditions des 19 et 26 octobre, une vingtaine de lauréats seront sélectionnés.
Nous avons eu à choisir parmi des projets très originaux, enthousiasmants, certains faisant même l’objet de véritables coups de cœur.
Si, parmi l’ensemble des candidat.e.s, figuraient seulement 28 % de chargé.e.s de recherche, au final, ceux-ci représentent 65 % des candidats sélectionnés pour l’audition, preuve, s’il en faut, de la qualité de nos jeunes chercheur.e.s et une réelle satisfaction pour nous.


Autant de projets de recherche qui échappent aux agences de financement  ?

A.P. : Le succès de Momentum montre que nous avons répondu à un besoin, sinon une attente. Chacun sait que les programmes des agences aujourd’hui sont très cadrés. Ils ne valorisent en général ni l’émergence, ni le risque, ni l’interdisciplinarité, autant de caractéristiques que nous voulons soutenir à travers le programme CNRS-Momentum.
Notre sélection s’est opérée dans un esprit d’ouverture totale entre les disciplines. Je constate avec satisfaction que plus de la moitié des dossiers sélectionnés pour l’audition ont été soutenus par plusieurs instituts. De nombreuses études montrent à quel point les projets de recherche pluri ou interdisciplinaires passent à travers les mailles des agences.
Nous sommes donc complémentaires et non concurrents par rapport à d’autres appels. C’est pourquoi il est à mon sens indispensable que ce type de programme s’inscrive dans une certaine continuité.


Le CNRS s’est également vu confier l’appel à candidatures « Make our planet great again » du président Macron, ouvert aux scientifiques du monde entier. Quels enseignements en tirez-vous  ?

A.P. : Le CNRS est chargé du pilotage scientifique de ce programme, que nous opérons pour l’ensemble de la communauté de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dans un premier temps, nous avons défini les champs scientifiques concernés en nous appuyant sur l’expertise du CNRS, qui couvre un très large spectre de disciplines. Sur des enjeux planétaires tels que les changements globaux, c’est bien l’ensemble des sciences qu’il faut mobiliser.
Le CNRS a ensuite assuré la sélection des candidats sur la base de leur CV et de leur parcours académique. Ceux-ci ont alors été invités à soumettre un projet à développer dans un laboratoire français. Le CNRS a accompagné les candidats dans le choix du laboratoire d’accueil. La sélection des projets sera effectuée par un jury international, la partie opérationnelle de cette phase étant assurée par l’Agence nationale de la recherche.
Enfin, le CNRS a également la charge de l’animation scientifique du programme. Celle-ci se fera conjointement avec l’Allemagne qui a lancé parallèlement à l’appel français un appel similaire.
En confiant le pilotage scientifique de cet appel au CNRS, c’est son expertise scientifique et sa connaissance du paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche en France qui sont reconnues.


Cet appel a reçu un accueil particulièrement favorable...

A.P. : Avec 255 dossiers de candidature complets déposés, je crois que l’on peut parler d’un grand succès. 90 candidats ont franchi la première étape de sélection, dont une cinquantaine de chercheur.e.s seniors et une quarantaine de juniors (moins de 12 ans après la thèse).
Parmi eux, 42 % sont des citoyens américains et la majorité (62 %) sont des scientifiques qui exercent actuellement aux États-Unis. Le deuxième pays d’origine étant le Royaume-Uni, on ne peut que faire le lien avec le Brexit qui fragilise nos collègues exerçant dans ce pays.
Reste désormais aux 90 candidats à proposer un projet qui sera mené dans un laboratoire français pour une durée de 3 à 5 ans. La première session s’est close le 31 octobre. Une deuxième session aura lieu en janvier ; les candidats non retenus lors de la première session pourront représenter leur dossier en tenant compte des observations qui leur auront été faites par le jury international.
Les projets seront soutenus par le PIA33 à hauteur de 500 000 euros maximum pour les projets menés par un candidat junior et 750 000 euros maximum pour les projets menés par des candidats seniors. L’enveloppe globale de dotation s’élève à 30 millions d’euros. Les institutions d’accueil s’engagent à abonder le projet à hauteur équivalente du PIA (sous forme de salaire, de mise à disposition d’équipements ou de plateformes, etc.). Le coût complet des projets se situera donc entre 1 et 1,5 million d’euros, ce qui est loin d’être négligeable.


Avez-vous été surprise par ce succès  ?

A.P. : Nous avons été surpris par la qualité des candidat.e.s : des profils de haut niveau entendent saisir cette opportunité pour rejoindre un pays scientifiquement attractif. Attractif dans sa dynamique de recherche mais attractif aussi pour ses valeurs, comme l’attachement à la liberté de la recherche, souvent mise en avant dans les dossiers de candidature. On lit bien sûr en contrepoint la crainte de ne plus pouvoir exercer librement leur métier, soit de ne plus l’exercer du tout, en raison de coupes budgétaires réelles ou anticipées.


D’aucuns s’inquiètent de l’idée que ces programmes puissent grever les capacités de recrutement du CNRS...

A.P. : Cette inquiétude n’a pas lieu d’être. Parmi les chercheurs sélectionnés, certains repartiront au bout de 3 à 5 ans. Ceux qui veulent rester en France candidateront pour être recrutés au CNRS ou par d’autres institutions, selon les procédures habituelles. Je rappelle que nous recrutons plus d’un tiers d’étrangers chaque année au CNRS.


Vous souhaitez redéfinir le périmètre de la Mission pour l’interdisciplinarité (MI) en vous inspirant de ces appels à projets  ?

A.P. : Momentum comme l’appel « Make our planet great again » ont en commun d’être des programmes transversaux portés ou pilotés par la direction de l’organisme. Ces initiatives transversales qui s’adressent, dans un cadre défini, à un large périmètre de champs disciplinaires sont très positives et stimulantes pour le CNRS. Elles permettent le dialogue entre les disciplines qui est la grande force de notre organisme. Par ailleurs, même si l’interdisciplinarité se décline naturellement dans chaque institut, dans les commissions interdisciplinaires du Comité national et à travers la mobilité des chercheurs, nous disposons aussi d’une mission qui a en charge de mettre en place des appels à projets et des animations scientifiques interdisciplinaires. C’est pourquoi j’ai fait évoluer la MI pour disposer à la fois de projets interdisciplinaires et d’actions communes à plusieurs domaines scientifiques, avec l’objectif qu’elle devienne le bras armé de la stratégie scientifique du CNRS.

Propos recueillis par Louise Lis

 

1 Piloté par le CNRS et l’Inserm.

2 En 2017, le programme Momentum soutient des projets dans treize domaines émergents et transdisciplinaires allant de l’étude des cycles du carbone aux calculs et simulations quantiques.

3 Troisième vague du programme des investissements d’avenir (PIA) qui a débuté en février 2017.

 



 

 

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