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« Marie Curie, une femme au Panthéon »

23 novembre 2017

Pour les 150 ans de la naissance de Marie Curie, le Musée Curie (CNRS/Institut Curie) et le Centre des monuments nationaux présentent « Marie Curie, une femme au Panthéon ». Jusqu’au 4 mars 2018, cette exposition est l’occasion de découvrir la femme derrière le mythe. Rencontre avec Renaud Huynh, directeur du Musée Curie et commissaire de l’exposition.


C’est la première grande exposition exclusivement consacrée à Marie Curie. Quel est son objectif ?

Renaud Huynh : Marie Curie, née Maria Sklodowska, est aujourd’hui célèbre dans le monde entier. Mais on se la représente souvent dans sa blouse noire, austère, le visage peu souriant. Que ce soit au Musée Curie ou à travers cette exposition, nous voulions la montrer sous un jour nouveau : une femme de science, deux fois nobélisée, mais surtout une femme. Et d’en dresser un portrait intime, sans être intimidant.


Comment avez-vous conçu l’exposition ?

© Musée Curie (coll. ACJC)

Renaud Huynh : Elle est composée de cinq chapitres et d’un prologue qui rappelle ses origines polonaises. Maria Sklodowska est arrivée en France pour faire ses études. C’est la rencontre avec Pierre Curie qui la fera rester. Le premier chapitre revient justement sur les découvertes des Curie. Le document que je trouve le plus émouvant, dans cette partie, c’est le diplôme original de son prix Nobel. Nous voulions aussi faire redécouvrir Marie Curie à travers ses écrits, dont trois carnets de laboratoire. Pour celui qui est exposé, nous avons choisi de l’ouvrir à une page très précise : nous sommes en juin 1898 et Marie Curie observe que l’élément qu’ils sont en train d’étudier est 300 fois plus radioactif que l’uranium. Deux pages plus tard, c’est la découverte du polonium. Et afin de ne pas frustrer le public, ces carnets sont numérisés et consultables sur un écran à côté. On peut donc suivre jour par jour le processus de la découverte. Nous avons également intégré des bornes sonores où l’on peut écouter des témoignages audio, lus par une comédienne. Le deuxième chapitre revient sur Marie Curie en tant que mère : les correspondances avec ses enfants, Irène et Eve, ses carnets intimes où elle notait toutes leurs progressions, un album de famille, ses patins à glace...


C’est aussi dans ces parties là que vous évoquez Pierre ?

Prix Nobel de Marie Curie en 1903
© Musée Curie (coll. ACJC)

Renaud Huynh : Pierre et Marie Curie sont inséparables. Nous exposons d’ailleurs la lettre où Pierre tente de convaincre Maria de rester en France... « Ce serait cependant une belle chose à laquelle je n’ose croire que de passer la vie l’un près de l’autre, hypnotisés dans nos rêves, votre rêve patriotique, notre rêve humanitaire et notre rêve scientifique…». Malheureusement, c’est une union qui ne dure que 12 ans avant son accident tragique en 1906. Après sa mort, elle va tenir pendant quelques semaines un journal intime où elle s’adresse à lui. Nous avons ouvert ce journal à la page où l’on voit deux larmes qui ont coulé sur le papier.


Dans le troisième chapitre, vous montrez la dimension internationale de Marie Curie.

Renaud Huynh : En 1921, elle part aux Etats-Unis pour recevoir « le gramme de radium » des mains du président américain, Warren Harding. C’est surprenant de voir comment ce voyage de deux mois fut couvert médiatiquement : plus de 10 000 coupures de presse réunis dans 15 ouvrages, dont un qui est présent dans l’exposition. Des articles de presses se mêlent également aux archives vidéo. Nous souhaitions plus particulièrement montrer la difficulté qu’elle a eu à se faire accepter en tant que femme et en tant qu’étrangère. A travers, notamment, le combat académique qui l’opposait à Edouard Branly pour la candidature à l’Académie des sciences. Si elle est battue à 2 voix près, le débat était surtout orienté sur la personne de Marie Curie : doit-on accepter une femme à l’Académie des sciences ? Edouard Branly, c’était la France catholique et antidreyfusarde. Marie Curie, le volet pro-dreyfusard. On lui reprochait son deuxième prénom, Salomé, à consonance juive. Deuxième épisode, son aventure avec Paul Langevin. En instance de divorce, sa femme va révéler à la presse les lettres tendres que Marie Curie et lui s’échangeaient. C’est un scandale relaté par le Petit Journal en 1911. Le doyen de l’Université lui demande alors de quitter ses fonctions et de retourner en Pologne, ce qu’elle ne fera pas. Le quatrième chapitre de l’exposition illustre quant à lui les activités médicales qui se sont développées autour des rayons X, pendant la première guerre mondiale, où Marie Curie et sa fille Irène sont montées au front, avec des voitures équipées pour radiographier les blessés, et pendant l’entre-deux-guerres. Enfin, dans le dernier chapitre, nous revenons sur ce qui a conduit Marie Curie au Panthéon, tant les productions littéraires que cinématographiques et notamment l’échange de correspondance entre François Mitterrand et sa famille.


Ce parcours est construit comme un récit. A la fin de l’exposition, vous invitez le public à poursuivre son histoire jusqu’au Musée Curie.

© Musée Curie (coll. ACJC)

Renaud Huynh : Le Musée Curie se trouve dans les anciens locaux de l’Institut du Radium, à deux pas du Panthéon. Construit entre 1911 et 1913, livré début 1914, Marie Curie prend possession des lieux au mois de juillet. Mais au mois d’aout la guerre éclate. Le premier usage de ce lieu fut pour former les manipulatrices, les infirmières qui partaient sur le front radiographier des blessés. Marie Curie, assistée de sa fille Irène, formait des gens à manipuler ces fameux tubes à rayons X qui équipaient les véhicules radiologiques qui ont sillonnés la ligne de front. L’Institut du Radium, Marie Curie y a passé les 20 dernières années de sa vie, jusqu’à sa mort en 1934. C’est un Musée d’histoire des sciences et de l’histoire d’une famille aux cinq prix Nobel. Après deux ans de travaux, le Musée a rouvert en 2012. C’est une exposition permanente à la souplesse d’une exposition temporaire et entièrement numérisée. Ce Musée est à la fois un espace ouvert au public mais également un lieu de recherche qui accueille chercheurs et étudiants.


Le Musée permet de découvrir encore une autre facette de Marie Curie : la directrice de laboratoire

Renaud Huynh : A l’Institut du Radium, Marie Curie va se battre pour créer des équipes de recherche. Nous y exposons des archives qui permettent de découvrir quelles étaient les activités d’une directrice de laboratoire au début du siècle, finalement peu différentes d’aujourd’hui, comme gérer le personnel et le budget. Fait remarquable, près d’un tiers de ses équipes était des femmes. Dans le Musée, on peut découvrir son bureau. A la mort de Marie Curie, il sera occupé par sa fille Irène puis par son gendre Frédéric Joliot-Curie. A la mort de ce dernier, le bureau et le laboratoire qui le jouxte sont figés et les pièces préservées au travers de l’association Curie et Joliot-Curie. C’est le premier acte de patrimonialisation qui va conduire à la création de ce musée, en 1994, une unité mixte de service entre le CNRS et l’Institut Curie. Il s’agissait là de répondre aux attentes des publics, de pouvoir faire visiter ces lieux chargés d’histoire. Ces pièces avaient jusque-là une existence un peu confidentielle. Ce musée permet aussi de revenir sur l’histoire de la radioactivité. Des travaux de Röntgen, aux instruments et objets scientifiques jusqu’à l’engouement pour le radium au travers de produits inattendus comme des cosmétiques, des romans d’aventure et même une fontaine au radium produisant de l’eau supposée radioactive. Par ailleurs, nous organisons un cycle de conférences autour de Marie Curie. Hélène Langevin-Joliot, directrice de recherche émérite en physique nucléaire fondamentale au CNRS et petite fille de Marie Curie, interviendra le 2 décembre afin de dresser un portrait plus intime de sa grand-mère. Nous organisons également des visites guidées et thématiques du Musée. De quoi découvrir la saga exceptionnelle de cette famille aux cinq prix Nobel...

En savoir plus :

« Marie Curie, une femme au Panthéon », jusqu’au 4 mars 2018
L’exposition est accessible en français, anglais et polonais.

 



 

 

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