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Les chercheurs Ă©trangers en danger ont besoin de PAUSE

30 mars 2017

Le CNRS est partenaire de PAUSE, un programme national d’aide aux scientifiques en exil dont l’ambition est d’accueillir cent chercheurs Ă©trangers par an, de toutes disciplines et de toutes origines gĂ©ographiques.

« Quand la guerre a Ă©clatĂ© en Syrie, je travaillais au musĂ©e de Damas et j’ai poursuivi mes recherches sur le terrain, c’Ă©tait une forme de rĂ©sistance, raconte Selim, archĂ©ologue, puis la situation est devenue de plus en plus difficile, ma vie Ă©tait en danger. La seule solution pour continuer Ă  dĂ©velopper mon projet scientifique Ă©tait de quitter mon pays Â». PersĂ©cutĂ©e au YĂ©men par les groupes islamistes et les forces de sĂ©curitĂ© du rĂ©gime, Asma, spĂ©cialiste de la culture populaire et du patrimoine orale yĂ©mĂ©nites a dĂ» aussi s’exiler tout comme Rezan, turque et enseignante Ă  l’universitĂ©, accusĂ©e de terrorisme après avoir signĂ© en 2016, avec plus de 1 100 universitaires turcs, la pĂ©tition d’Academics for Peace. Signataire elle aussi, NesrĂ®n, doctorante en sociologie, fĂ©ministe, militante pro-kurde, et son mari, ont fui. «J’ai survĂ©cu Ă  deux bombardements, j’essaie toujours de me dĂ©barrasser des effets psychologiques de ces Ă©vĂ©nements traumatiques Â» , avoue-t-elle.

Un devoir de solidarité

Ces histoires tragiques ne sont pas isolĂ©es. LĂ  oĂą sĂ©vissent guerres et rĂ©gimes autoritaires, totalitaires, des scientifiques sont menacĂ©s, privĂ©s de leurs libertĂ©s dont la libertĂ© acadĂ©mique, parfois exĂ©cutĂ©s. Seul demeure l’espoir de trouver une terre d’accueil pour exercer leur mĂ©tier. Ce sera la France, pour Selim, Asma, Rezan et NesrĂ®n1. Ces quatre chercheurs sont parmi les 63 premiers bĂ©nĂ©ficiaires de PAUSE, le Programme national d’Aide Ă  l’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil, lancĂ© en janvier 2017 Ă  l’initiative de l’Etat et pilotĂ© par le Collège de France.

Thierry Mandon, alors secrĂ©taire d’Etat chargĂ© de l’Enseignement supĂ©rieur et de la Recherche, se souvient, « Beaucoup de chercheurs nous alertaient sur la situation dĂ©plorable de collègues Ă©trangers avec lesquels ils Ă©taient en contact, en particulier au Moyen-Orient. La France a une tradition d’accueil des scientifiques Ă©trangers. Par devoir de solidaritĂ© et d’humanitĂ©, crĂ©er un dispositif national s’imposait pour aider ces chercheurs en danger Â». Car, en dĂ©pit d’un prĂ©cĂ©dent historique en 19362, la France, contrairement Ă  d’autres grandes dĂ©mocraties3, en Ă©tait dĂ©pourvue, comme le note Liora IsraĂ«l, maĂ®tresse de confĂ©rences Ă  l’EHESS dans son « Rapport sur l’accueil en France des scientifiques en danger Â» de septembre 2016. Les initiatives structurĂ©es Ă©taient le fait de communautĂ©s de chercheurs, par exemple celle des archĂ©ologues spĂ©cialistes du Moyen-Orient.

Une forte mobilisation

 « La mise en place de PAUSE a Ă©tĂ© très rapide et la rĂ©activitĂ© des Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur, des organismes de recherche et des partenaires, très grande. Dès les deux premiers appels Ă  candidatures et sans publicitĂ©, nous avions plus de 100 candidats Â», souligne la gĂ©nĂ©ticienne Edith Heard, professeure au Collège de France, qui co-prĂ©side avec Alain Prochiantz, administrateur du Collège, le comitĂ© de parrainage du programme.

Les Ă©tablissements d’enseignement supĂ©rieur et les organismes de recherche sont les chevilles ouvrières du dispositif. « Ils s’engagent Ă  recruter les scientifiques en danger et Ă  les accompagner dans leur insertion professionnelle et sociale, au terme d’un processus d’Ă©valuation Â» , explique Laura LohĂ©ac, directrice exĂ©cutive de PAUSE. Ils sont 50 sur l’ensemble du territoire Ă  accueillir les 63 scientifiques sĂ©lectionnĂ©s Ă  ce jour (48% de femmes, 52% d’hommes, 48% de chercheurs confirmĂ©s, 35% de doctorants, 17% de post-doctorants). Ces Ă©tablissements bĂ©nĂ©ficient de soutiens financiers versĂ©s par PAUSE en co-financements. Ces subventions sont allouĂ©es pour une annĂ©e et renouvelables une fois.

 « Grâce Ă  PAUSE, je peux poursuivre ma recherche, approfondir son aspect comparatif et c’est aussi une excellente occasion d’intĂ©gration personnelle et professionnelle Ă  la culture et Ă  la sociĂ©tĂ© françaises Â» observe Rezan, qui a rejoint un laboratoire de sociologie. « Grâce Ă  cette opportunitĂ©, j’aurai la chance de publier ma thèse, se fĂ©licite NesrĂ®n, chercheuse invitĂ©e Ă  l’UniversitĂ© de Bretagne occidentale, qui apprĂ©cie le soutien de ses collègues : « notre relation repose sur une solidaritĂ© politique dont ils se sentent responsables Â», indique-t-elle

Une chance pour la France

L’afflux de demandes d’aides illustre le succès du programme, qui compte dĂ©jĂ  trois appels Ă   candidatures Ă  son actif. Les premières « Rencontres internationales de PAUSE Â» vont se tenir le 9 novembre Ă  Paris. « Notre ambition est d’accueillir 100 chercheurs par an, prĂ©cise Laura LohĂ©ac, issus de toutes les disciplines scientifiques et origines gĂ©ographiques Â». FinancĂ© en 2017 par l’Etat Ă  hauteur de 2 millions d’euros, mais aussi par le CNRS et le Collège de France, par la Chancellerie des universitĂ©s de Paris et la Mairie de Paris, par des entreprises mĂ©cènes telles que Capital Fund Management et la Fondation d’Entreprise Michelin, PAUSE fait aussi appel Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© publique Ă  travers un fonds de souscription sous l’Ă©gide de la Fondation de France.

« Sauver une vie, sauver des idĂ©es est le slogan de PAUSE, il est important de sensibiliser le grand public, rappelle Edith Heard, accueillir tous ces talents scientifiques est une richesse pour l’ensemble de la sociĂ©tĂ© en termes de connaissance et de savoir Â». PAUSE doit ĂŞtre pĂ©rennisĂ© et dĂ©veloppĂ©, plaide Thiery Mandon, car au-delĂ  du devoir moral, il contribue Ă  renforcer la recherche et l’attractivitĂ© françaises.

PAUSE est aussi une porte ouverte sur l’avenir pour ces chercheurs qui pourront, le moment venu, participer Ă  la reconstruction de leur pays. « J’aimerais pouvoir retourner sur le terrain quand la situation le permettra, le YĂ©men c’est ma vie Â» , affirme Asma, qui travaille dĂ©sormais en France, et Ă©crit des articles et des ouvrages en collaboration avec des chercheurs français. Selim, accueilli dans un laboratoire parisien, espère un jour enseigner en Syrie pour « prĂ©parer une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’archĂ©ologues. Rapprocher les Syriens de leur patrimoine historique et archĂ©ologique est un dĂ©fi essentiel car cette culture leur appartient, quelle que soit leur religion Â». La connaissance, par-delĂ  les croyances, comme messagère de paix.



Alain Fuchs, président du CNRS

« On peut espĂ©rer que la Commission europĂ©enne s’engage Â»

Pourquoi le CNRS soutient-il le programme PAUSE ?

La prĂ©sence Ă  l’international du CNRS est très importante, avec ses chercheurs en mission, ses partenariats et son rĂ©seau de laboratoires internationaux, les UMI et les UMIFRE*. Aussi, quand des Ă©vĂ©nements graves ont lieu Ă  l’Ă©tranger, le CNRS est aux premières loges pour mesurer les difficultĂ©s et l’urgence dans lesquelles  peuvent se trouver des scientifiques dans leur pays. Nous avons, par exemple, Ă©prouvĂ© la situation douloureuse des chercheurs syriens de l’Institut français du Proche-Orient Ă  Damas; beaucoup ont dĂ» s’exiler. La crĂ©ation d’un programme d’accueil qui cible les chercheurs en exil nous tient ainsi particulièrement Ă  cĹ“ur.

Comment le CNRS est-il concrètement impliquĂ© dans le programme ?

Nous avons mobilisĂ© nos dix instituts de recherche afin que les laboratoires identifient des chercheurs Ă©trangers en situation d’urgence et fassent remonter les candidatures Ă©ligibles au programme. Le CNRS est Ă©galement membre du comitĂ© de direction du programme. Il le soutient Ă  hauteur de 250 000 euros en 2017 et finance un poste dans l’Ă©quipe opĂ©rationnelle.

PAUSE est très rĂ©cent. Quels dĂ©veloppements en attendez-vous ?

Les rĂ©alitĂ©s gĂ©opolitiques laissent Ă  penser que nous aurons besoin de ce programme pendant longtemps. La coordination, d’ores et dĂ©jĂ  amorcĂ©e, avec d’autres dispositifs similaires existant aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou  en Allemagne devra ĂŞtre renforcĂ©e pour mutualiser les moyens. L’Etat a fait un bel effort et on peut espĂ©rer que la Commission europĂ©enne s’engage elle aussi. C’est un programme formidable, d’une nĂ©cessitĂ© absolue, qui doit passer Ă  un niveau supĂ©rieur avec le soutien de nouveaux bailleurs de fonds.

*UMI : UnitĂ©s Mixtes Internationales ; UMIFRE : UnitĂ©s Mixtes des Instituts Français de Recherche Ă  l’Etranger.

1  Les prĂ©noms ont Ă©tĂ© modifiĂ©s.

2  Sous le Front populaire, le scientifique d’origine biĂ©lorusse Louis Rapkine est Ă  l’initiative de la crĂ©ation du « ComitĂ© d’accueil et d’organisation du travail  des savants Ă©trangers Â».

3  PAUSE a initiĂ© des partenariats avec des programmes homologues : aux Etats-Unis,  The Institute of International Education Scholar Rescue Fund (IIE-SRF) et Scholars at Risk (SAR) crĂ©Ă©s respectivement en 1921 et 1999 ; au Royaume-Uni, The Council for At-Risk Academics (CARA), crĂ©Ă© en 1933 ; en Allemagne, The Phillip Schwartz Initiative of the Alexander von Humboldt Foundation (2016).



 

 

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