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Un Institut Convergences sur les migrations

20 avril 2017

Le CNRS et l’INSERM ont mobilisé cinq institutions d’enseignement et de recherche pour donner naissance au projet Migrations. Une coopération interdisciplinaire à même de coordonner les recherches sur ce phénomène contemporain majeur et de former spécifiquement de futurs chercheurs.

Par Martin Koppe

L’Union européenne fait aujourd’hui face à une crise migratoire inédite dans son histoire : 1,3 million de demandes d’asile ont été déposées pour la seule année 2015. Cet afflux inhabituel de réfugiés a révélé les profondes divisions politiques de l’Europe à ce sujet, mais aussi certaines insuffisances de la recherche. Une situation qui a contribué à la prise de conscience que la France manquait d’un grand centre de recherche sur les migrations, en dépit d’un important potentiel.

Dans l’élan des appels à projets « Instituts Convergences » initiés par le ministère de l’Education nationale et de la recherche pour fédérer la recherche autour de sujets identifiés comme émergents et/ou prioritaires -, le CNRS et l’INSERM ont décidé de porter un grand projet Migrations en s’associant à cinq autres institutions françaises : l’Ined1, l’IRD2, l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’EHESS3 et l’EPHE4. Des unités mixtes de recherches sur les migrations sont également mises à contribution. Une variété de partenaires qui souligne le large champ des disciplines mobilisées autour d’un phénomène devenu mondial.

Comme l’explique François Héran, directeur de recherche à l’Ined et responsable du projet Migrations, il était indispensable que les chercheurs puissent tisser de nouveaux liens. « J’ai beau être familier du sujet, la bibliographie des chercheurs m’a surpris par son ampleur et sa variété. Le défi est de mieux rassembler nos connaissances, y compris sur les pays d’origine des migrations. Nous nous intéressons a priori à tous les mouvements internationaux de population, en tous temps et en tous lieux, et ce dans toutes les disciplines. Notre approche n’est pas seulement descriptive, mais explicative et prospective. »

Le projet Migrations s’installera sur le futur campus Condorcet, situé entre Paris et Aubervilliers, et dont l’ouverture est prévue à l’horizon 2019. L’ambition est de mobiliser d’ici trois ans 200 équivalents temps plein, chercheurs et techniciens, sélectionnés parmi les partenaires d’abord, mais également dans d’autres unités de recherche et à l’étranger. Ces fellows, ou membres, alimenteront aussi bien la recherche que l’enseignement. Le projet bénéficiera d’un budget de 13,6 millions d’euros cumulés sur 10 ans. Le CNRS en sera le coordonnateur et le gestionnaire.

« Nous nous sommes engagés à fonder un programme de master et de doctorat dédié aux sciences des migrations, précise François Héran. Nous combinerons au départ les éléments très riches qui existent déjà à Paris 1 Panthéon Sorbonne et à l’EHESS, ainsi qu’à l’EPHE, pour passer ensuite à la création d’un nouveau master véritablement interdisciplinaire. À terme, nous voulons fusionner les sciences humaines, les sciences sociales et les sciences de la santé. »

L’ensemble s’articulera autour de départements de recherche thématiques. Le projet mentionne ainsi les dynamiques économiques, démographiques et environnementales des migrations ; le problème de la vulnérabilité et des inégalités, notamment dans le domaine de la santé ; les questions d’intégration, d’exclusion et de discrimination ; les politiques migratoires, les actions humanitaires et les conventions internationales ; la globalisation des migrations, replacée dans la circulation plus générale des biens, des idées et des valeurs sur le long-terme.

« Il est impossible d’étudier les migrations sans s’intéresser aux politiques migratoires ou au débat public, constate François Héran. Il faut évaluer les politiques publiques dans ce domaine, sans oublier les représentations et les argumentaires, trop peu étudiés jusqu’ici. Nous souhaitons aussi raffermir le lien entre science et société : par un partenariat avec la Mairie de Paris, par des activités de « community service » et par un site Internet de vérification des données qui soit en prise avec l’actualité. »

Pour Alain Fuchs, président du CNRS, « la création d’un grand centre de recherche Migrations sur un site stratégique va produire des recherches scientifiques et formations de haut niveau, tirant le meilleur parti des travaux internationaux en sciences humaines et sociales et en sciences de la santé, et ce dans un contexte où les migrations sont appelées à occuper de manière durable l’agenda public. D’un point de vue pragmatique, ces recherches vont contribuer concrètement à l’élaboration de décisions collectives informées et humaines, tant à l’échelle locale et nationale qu’européenne et internationale. En soutenant ce projet, le CNRS et l’INSERM ont pris leurs responsabilités d’acteurs publics sur une question urgente ».

Le jury qui a retenu le projet le 30 mars dernier avait noté avec surprise la quasi-absence du sujet des migrations dans la Stratégie nationale de recherche de la France avant 2015. Ce sujet crucial aura désormais son centre de recherche sur le site de Condorcet.



1 Institut national d’études démographiques.
2 Institut de recherche pour le développement.
3 École des hautes études en sciences sociales.
4 École pratique des hautes études.

 

 

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